Comme tout le monde, j’ai eu des cours de philo au cégep. Ce cours qui fait que tu sais que tu es bel et bien au cégep. Au secondaire, l’équivalent serait les fameux cours d’éthique, le cours que tu vois sur ton horaire au début de l’année dans lequel tu te demandes bien ce que tu vas y apprendre et que, même à la fin de l’année, après des mois de mûres réflexions, tu es incapable de qualifier ce que tu y as appris. « Ce que j’ai retenu de mon cours d’éthique… Ehh… ben attend là… Ah oui, je sais! J’ai appris à dessiner des mandalas — un exercice fort utile pour mon avenir! (quand j’aurais des enfants peut-être…) Sinon, j’ai vu que les autos pouvaient devenir de gros méchants robots dans Transformers, mais, c’est plate, j’ai jamais vu comment ça finissait, mes cours duraient seulement 1h15… »

Bref au cégep, j’ai eu trois cours comme ça : philo 1, philo 2 et philo 3. J’ai appris les théories de Socrate, de Platon, des épicuriens et de tous les autres, mais je dois dire que j’ai réellement commencé à apprécier le contenu de ces cours lors de ma dernière année, en philo 3. Mon prof était assez jeune et flyé — pour vous donner une idée, il est arrivé un matin avec une mèche de cheveux colorés en vert, un gage qu’il avait fait avec sa blonde —, il nous faisait lire et discuter à propos de ce que les grands théoriciens comme Nietzche disaient, mais le plus important c’est qu’il nous demandait ce qu’on en pensait en faisant de grosses tables rondes.

À cette époque, je faisais déjà pas mal de journaliste en m’impliquant notamment dans le journal étudiant du cégep qu’on tentait tant bien que mal de remettre sur pied. Pour l’un de mes articles, j’avais choisi d’interviewer ce prof de philo qui, comme je l’avais appris entre les branches, jouait dans un groupe de musique en tant que bassiste. Malgré son côté fort musical, il demeurait un prof de philo et divaguait souvent sur de longues tirades qui s’éloignaient du domaine musical. Pendant l’entretien qu’on a eu dans le brouhaha du café étudiant, je me rappelle très bien d’une de ses phrases : « On est tous interdépendants. Je dépends de toi et tu dépends de moi. » Après une brève pause, il avait ajouté la deuxième phrase comme pour s’expliquer : il dépendait de moi pour qu’il y ait le plus de gens possible à son prochain show, et moi je dépendais de lui pour fournir un article à publier dans le journal.

Sur le coup, je me souviens avoir eu un léger sourire en coin. Comme vous le savez peut-être déjà, je suis en fauteuil roulant, donc je sais TRÈS BIEN ce que c’est que d’être dépendant. Je n’étais pas d’accord avec son affirmation. Il n’était pas du tout dépendant de moi, il pouvait très bien se lever et partir sans m’accorder de son temps pour mon article. Pour moi, être dépendant, c’est ne rien pouvoir faire sans l’autre. Il pouvait très bien faire son spectacle sans moi, sans mon aide.

Maintenant, avec les années, j’ai compris ce qu’il voulait dire. Être dépendant, ce n’est pas uniquement physique. On peut très bien être dépendant au niveau physique, psychologique, relationnel… nommez-en tant que vous voulez, y’en a! Chacun de nous est dépendant des autres. Le slogan le dit : « Seul on va plus vite; ensemble on va plus loin. » Si on met un seul humain sur cette Terre, même avec toutes les technologies ultra-performantes qu’on a aujourd’hui, celui-ci ne s’en sortira pas indemne. On a besoin des autres pour vivre, pour exister! Oui, physiquement, on a besoin de l’agriculteur, du laitier, du boulanger, mais plus que ça, on a besoin de discuter et de se faire entendre. Pour qui on met tous nos selfies sur Facebook, Instagram et Tweeter si ce n’est pas pour les autres? Pour qu’ils nous voient, nous envies. On donne de l’importance aux regards des autres posés sur nous, comme s’il nous qualifiait, nous décrivait, nous permettait enfin d’exister.

Chacun de nous est spécial aux yeux d’un autre. On est tous et chacun important pour un autre. On est tous la bonne personne, qui est là au bon moment, avec les bons mots. La personne qui fait apparaître un méga sourire sur le visage de quelqu’un lorsque celle-ci voit apparaître votre nom sur son cellulaire. La personne qui fait oublier tous les tracas de la pire journée grise. Comme une roue qui tourne ou comme dans un scénario bien orchestré par un grand scénariste réputé, on a tous une importance capitale pour quelqu’un. Soyons donc moins dures entre nous. On n’est certes pas parfait, mais on est parfait pour quelqu’un et c’est parfait ainsi. Au fond, on est tous pareil. On est tous interdépendants comme dirait mon prof de philo.

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