Écrire pour dénoncer

Après avoir lancé son premier livre à succès J’irai danser sur la tombe de Senghor, l’auteur Blaise Ndala nous revient avec une œuvre tout aussi dénonciatrice avec Sans capote ni kalachnikov. 

Le 9 février dernier, dans l’ambiance chaleureuse et intimiste du Bluebird Coffee à Ottawa, Blaise Ndala a pris le temps de présenter son deuxième roman à ces lecteurs déjà impatients de retrouver sa plume unique. Avec comme trame sonore la guitare de l’artiste et poète Daniel Groleau Landry, l’auteur nous a dévoilé l’origine de ce roman.

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Une écriture de dénonciation

« Ce roman est une auto-dénonciation », exprime l’auteur Blaise Ndala.

Sans capote ni kalachnikov lève le voile sur la marchandisation de la misère par le monde du show business. L’histoire se déroule dans le contexte du conflit des Grands Lacs en Afrique où la guerre et la dictature vont de pair. Quand Véronique Quesnel, une jeune cinéaste, prend comme cible la triste réalité de deux jeunes soldats rebelles plongés dans ce conflit, Fourmi Rouge et Petit Che, plusieurs enjeux éthiques viennent questionner le lecteur. Est-ce que l’aide internationale aide réellement les communautés dans le besoin ou vient-elle seulement pour se remplir les poches et se valoriser à coup de selfies provocateurs? C’est essentiellement cette question que l’auteur a souhaité soulever avec cette œuvre poignante qui ne peut laisser personne indifférent.

L’«égocharité» et la marchandisation de la misère

L’idée originale de cette œuvre est venue à Blaise Ndala en 2007, en consultant l’actualité. Celui-ci avait été scandalisé lorsqu’il avait entendu parler d’un groupe de pseudo-humanitaires, l’Arche de Zoé, qui avait fait du trafic d’enfants dans la région du Tchad. Ceux-ci avaient pris plus de 100 enfants que des parents avaient mis aux bons soins de ce groupe qui promettait de leur offrir de meilleures conditions de vie, mais qui en réalité les mettait en adoption en tant qu’orphelins. Ces événements sont venus marquer l’imaginaire de Blaise Ndala qui a constaté l’ampleur de ce genre de pratique. Lui-même impliqué dans le monde du développement international, celui-ci a par la suite vu plusieurs vedettes prendre part à l’aide humanitaire souvent pour de mauvaises raisons, par exemple les adoptions à répétition de Madonna au Malawi. Blaise Ndala s’est ainsi donné comme mandat de dénoncer ce genre de pratique qu’il qualifie d’«égocharité».

Dans le roman, l’histoire prend place dans un lieu purement fictif. Vous aurez beau fouiller tous vos atlas, vous ne pourrez pas trouver cet endroit et c’est exactement ce que souhaitait l’auteur. Ce pays inventé de toute pièce est là pour rappeler que ce genre de choses peut arriver dans tous pays où la misère prédomine, pas exclusivement en Afrique (pays qui a déjà vécu suffisamment de mauvaises expériences).

« Je voulais montrer que c’est des pratiques qui existent, pas tant en Occident, mais dans le monde du showbiz tel qu’on le vit en Occident, la nuance à son importance ici. Quand la misère fait vendre, on s’en fiche! Qu’on soit soi-même noir, blanc, si c’est ça qui ça prend pour qu’on perce, qu’on soit vu, célébrer, ben on va le faire! »

— Plus on est de fous, plus on lit ! à Ici Radio-Canada avec Marie-Louise Arsenault le 30 janvier 2017.

Hasard ou destin?

Quelques semaines avant le lancement de son deuxième livre, Blaise Ndala a annoncé sur les réseaux sociaux que son premier livre J’irai danser sur la tombe de Senghor sera porté sur le grand écran grâce au réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb (récipiendaire de la Palme d’Or à Cannes en 2006 pour « Indigènes »). Coïncidence, Sans capote ni kalachnikov débute avec la soirée des Oscars où la jeune cinéaste Véronique Quesnel remporte un prix pour son œuvre dévoilant la réalité du conflit des Grands Lacs en Afrique. Hasard ou destin? Je pencherais plutôt pour le destin, puisque le deuxième roman a été écrit bien avant de recevoir l’offre d’adaptation cinématographique de Rachid Bouchareb.

J'irai danser sur la tombe de Senghor

Pour plus de détails.

Extrait

« Mais rien de tout cela ne serait survenu sans l’arrivée à Kap d’hommes et de femmes aux yeux plus grands que le ventre mou de la planète. Partis des quatre points cardinaux, ils voulaient tous pénétrer dans les entrailles d’une guerre africaine frappée du sceau de la bâtardise. De ce conflit réputé sans tête ni queue ils voulaient saisir l’âme, dessiner les contours, comprendre les ressorts, si ressorts il y avait au- delà de la connerie humaine. Je parle ici de la bêtise des mortels en général, parce que concéder aux Noirs et aux Noirs seuls le monopole du génie à fabriquer du chaos, l’exclusivité des génocides et autres trouvailles du même tonneau, ne relève pas de la blague potache, vous en conviendrez. C’est du foutage de gueule, point à la ligne. »

— Blaise Ndala, Sans capote ni kalachnikov, Mémoire d’Encrier, p. 19

FSans capote ni kalachnikov - Blaise Ndalaeuilleter l’œuvre.

Consulter le communiqué de presse.

Sans capote ni kalachnikov
Roman publié chez Mémoire d’Encrier, 276 pages
En librairie dès le 31 janvier 2016

 

 

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