Littérature québécoise (3/3) – Les médias, nos éclaireurs

Pour clore en beauté ce dossier spécial qui dresse le portrait de la littérature québécoise, quoi de mieux que de donner la parole aux médias. Après les auteurs, les éditeurs, il ne faut pas négliger le rôle des journalistes, des chroniqueurs ou encore des critiques qui sont aux premières loges des dernières découvertes de notre littérature. Ces lecteurs assidus agissent à titre d’éclaireurs en nous proposant leurs coups de cœur et les dernières sorties littéraires. Pour en connaître davantage sur leur vision de notre littérature, j’ai rencontré Valérie Lessard, chef de la section des arts au journal Le Droit.

 

Valérie Lessard — Journal Le Droit

Valérie Lessard — @Crédit: Patrick Woodbury, Le Droit
Valérie Lessard — @Crédit: Patrick Woodbury, Le Droit

Impliquée dans le milieu culturel de l’Outaouais depuis près de 15 ans, Valérie Lessard est chef de la section des arts au journal Le Droit. Parlant de littérature pratiquement chaque semaine et chapeautant le Prix littéraire Le Droit, celle-ci a observé de près l’évolution de la littérature au cours des dernières années.

« On est rendu, Dieu merci, capable d’exprimer une panoplie d’émotions chez nous. C’est la plus belle preuve d’une littérature qui est arrivée à une maturité. Ça me rassure pour la suite des choses. »

— Valérie Lessard

Une littérature à plusieurs voix

« De la ruralité, avec notamment Le Survenant, Les belles histoires des pays d’en haut, on est passé à autre chose. Non seulement on a évolué, mais les voix se sont multipliées », affirme-t-elle d’emblée. En effet, il y a eu un éclatement au sein de la littérature du Québec depuis les dernières décennies, autant en ce qui concerne les lieux que les voix narratives. Les femmes y ont pris leur place en affirmant leur féminité et leurs désirs. « On est parti de Marie de l’Incarnation qui parlait de Dieu à une Nelly Arcan qui fait de l’autofiction plus trash », précise-t-elle.

Les univers littéraires sont également plus ouverts sur le monde. Les auteurs québécois ne craignent plus de mettre en place des personnages qui évoluent en dehors des frontières québécoises. « Il n’y a plus cette pression de devoir correspondre à une image de ce que le Québec est supposé être. On est plus confiné à un territoire, et ça, c’est selon moi le plus beau signe de maturité d’une littérature. »

La littérature : le reflet de la société

Parce que le monde culturel est souvent le reflet de la société, le monde littéraire témoigne de la diversité culturelle et ethnique que l’on voit au sein de la population. « Moi, je trouve qu’il y a quelque chose d’extraordinaire dans le fait que l’auteur québécois qui est entré à l’Académie française soit un haïtien d’origine, québécois d’adoption. », mentionne Mme Lessard en faisant référence à Dany Laferrière.

La réalité des médias

Tout comme les maisons d’édition, les médias se voient confrontés aux problèmes des têtes d’affiche. Le culte de la vedette qui sort un livre est de plus en plus un fléau dans l’industrie littéraire. Quelques-uns s’en indignent, d’autres s’en indiffèrent, mais une chose est certaine : cette tactique fait vendre!

Ce problème se pose également dans les journaux, me confie Valérie Lessard : « Si je veux parler d’un auteur inconnu, il faut quelque part que j’aie quelqu’un qui attire le lecteur à la une du cahier des arts pour que les gens aient envie d’aller lire jusqu’au bout. »

« C’est pas sexy parler de livres. » — Valérie Lessard

Ainsi, la chef du cahier des arts doit jongler chaque semaine pour trouver un point d’équilibre entre les nouveaux venus, ceux qui sont déjà bien établis, les différents genres littéraires, ce qui vient d’ici, ce qui vient de l’extérieur, etc. Les médias sont là pour donner une vue d’ensemble à la population et ne se veulent pas exhaustifs, mais il y a toujours la passion et les valeurs du journaliste qui entre en ligne de compte.  « Je marche par coups de cœur. J’ai tellement peu d’espace dans le journal pour parler de littérature que je veux miser sur des gens qui méritent d’être entendus, poursuit Mme Lessard. Je ne peux pas concevoir que mon cahier des arts ne fasse pas une place à la littérature systématiquement toutes les semaines. »

« Je marche par coups de cœur. J’ai tellement peu d’espace dans le journal pour parler de littérature que je veux miser sur des gens qui méritent d’être entendus, poursuit Mme Lessard. »

Une visibilité restreinte

Le monde culturel est en plein essor, mais la place qu’on leur accorde dans les médias diminue de plus en plus chaque année. « Il y a moins de place pour la littérature partout, mais il n’y a pas de place pour la culture partout! Il n’y a plus de cahier livres à La Presse, mentionne Mme Lessard. L’espace se réduit. » Nous n’avons qu’à penser à l’émission Lire qui a été retirée de la grille horaire de Radio-Canada pour renaitre en format de webmagazine sur le web.

Coups de cœur de cette année

Le choix n’a pas été facile, plusieurs titres ont été nommés au cours de notre discussion, mais ces deux premiers romans d’auteurs de la région se sont démarqués. « Ce sont deux exemples aux antipodes au niveau du style, des thèmes … mais il y a de la place pour tout ça dans la littérature québécoise d’aujourd’hui. C’est ça qui est beau! », s’exclame Mme Lessard les yeux pétillants.

@Crédit photo : La Mèche
@Crédit photo : La Mèche
Les suicidés d’Eau-Claire d’Éric Mathieu aux éditions La Mèche.

« C’est une voix, c’est un style, c’est un univers! C’est un super bon roman. »

Lire la critique de Valérie Lessard

@Crédit photo : Éditions David
@Crédit photo : Éditions David
Une irrésistible envie de fuir de Catherine Bellemare aux éditions David.

« C’est viscéral, c’est cru, ça touche à des thématiques tellement profondes. »

Lire l’article de Valérie Lessard après sa rencontre avec l’auteure

@Crédit photo : Éditions XYZ
@Crédit photo : Éditions XYZ

Meilleur livre québécois depuis les 10 dernières années :

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier aux éditions XYZ paru en 2011.

« C’est ce livre que j’ai le plus donné en cadeau au cours des dernières années. »

Pour en savoir plus

Pour pousser la réflexion plus loin

Plusieurs acteurs jouent un rôle dans l’industrie du livre dans notre société. Labrosse-Wellington, un projet de baladodiffusion lancé par ICI Radio-Canada, a observé l’impact des libraires et des professeurs dans la culture de la lecture.

 

2 comments on “Littérature québécoise (3/3) – Les médias, nos éclaireurs

  1. Je ne voudrais pas être chroniqueuse culturelle ces années-ci. Ni même journaliste en fait. Le culte des têtes d’affiche qui attirent et font vendre… Valérie Lessard a bien raison et doit composer avec cette mode. Dans ce contexte, elle y réussit assez bien. Je trouve juste dommage que les articles dans Le Droit ne concernent pas uniquement la région outaouaise. Si je veux lire des nouvelles de Montréal, il y a d’autres médias.

    1. Rien n’est parfait. Comme a dit Valérie Lessard à plusieurs reprises lors de notre discussion : « Il suffit de trouver le point d’équilibre! » 😉

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